Le maxxing, c’est l’art -pas toujours recommandable- de faire les choses au maximum. On en a beaucoup parlé avec des tendances toxiques liées à l’apparence physique entre autres (le lookmaxxing des masculinistes toxiques en particulier). Mais appliqué au jardin, l’idée du maxxing est intéressante. Et vous allez sans doute adorer, sauf si vous êtes adepte du jardin zen…

Reprenons. En argot américain, le maxxing, c’est la manie de faire les choses au maximum, au « maxx ». Cet argot est très à la mode et il n’aura pas fallu longtemps pour que le jardin soit contaminé, avec le plantmaxxing, le gardenmaxxing. En termes français, cela signifie le jardinage à ras bord. Mais encore, allez-vous me demander ?

Que du plus

Le plantmaxxing revient à densifier le jardin dans au moins trois composantes essentielles. C’est l’abondance à tous les étages :

Plus de diversité végétale : qui a pensé que le jardin se portait mieux lorsqu’il comportait moins de végétation ? Plus de plantes, cela veut dire plus de mailles dans un réseau d’êtres vivants et en cas de coup dur (une canicule suivie d’une sécheresse de tous les diables, par exemple…), l’ensemble sera plus résilient. Certains auront péri dans l’épisode, c’est la vie, mais ils auront permis de sauver d’autres plantes, par exemple en leur procurant de l’ombre.

Plus de verdure : la densité de végétation, indépendamment de sa diversité, est aussi un atout. Elle limite le réchauffement du sol, offre un abri à nombre d’animaux comme les oiseaux bien sûr, mais pas seulement. Elle maintient une fertilité du sol à long terme. Visuellement, elle rapproche le jardin d’un look plus naturel.

Plus de vie : il est bien établi maintenant que plus la faune du jardin est présente et moins il y a de risque de voir des déséquilibres se créer, comme une prolifération d’insectes ravageurs d’une culture, par exemple. Les uns régulent les autres. Là aussi, c’est une question de résilience.

(Pour illustrer cette idée d’abondance, c’est le beau jardin créé par Evor au Domaine de Chaumont sur Loire qui m’est venu et qui figure en en-tête de cet article. Je vous recommande son travail si vous ne le connaissez pas.)

Mais est-ce si nouveau, ce plantmaxxing ?

Pas vraiment, évidemment. Cela fait longtemps que l’on prône cette approche, sans lui donner ce nom. Il y a un instinct naturel des gens de jardin à boucher les trous, à encourager le foisonnement. Mais il y a un aspect intéressant dans le plantmaxxing. C’est l’idée que la perception du jardin évolue, notamment pour un jeune public. Le jardin est moins envisagé comme la manifestation de la domination et du contrôle sur un coin de sol et davantage perçu comme une nature invitée au plus près de notre habitat. Une nature certes domestiquée et triée sur le volet, mais une nature quand même, avec sa part d’imprévu.

La limite de ce concept, c’est que farcir le jardin de végétaux n’en fait pas une méthode. On tombe vite dans le chaos -ce peut être un choix- mais cet espace de cohabitation entre notre espèce et d’autres peut devenir un peu repoussant, perdre sa raison d’être ou tout simplement démotiver les personnes qui le fréquentent. Méfiance donc.

Plein les jardins

Demain, il y a fort à parier que les jardins seront moins structurés qu’ils ne le sont aujourd’hui, ne serait-ce que parce que les terrains deviennent trop petits pour se le permettre. On n’a pas non plus forcément envie de passer autant de temps que les générations précédentes à tailler, limiter, contrôler… Et parce qu’il y a une tendance à admirer des choses moins artificielles qu’hier.


Tant que le plantmaxxing nourrit une philosophie du jardinage basée sur l’abondance plutôt que le shopping à tous crins, c’est plutôt positif. Encore que le pépiniériste que je suis aussi n’y verrait pas d’inconvénient, finalement…