
Le nom des plantes est un vrai casse-tête mais seulement parce qu’il répond à des règles mal connues, surtout pour les noms de variétés. Je vous explique comment vous y retrouver dans les appellations et je vous explique pourquoi c’est si compliqué !
A la base, une tradition simple
Lorsque vous lisez un roman, que vous consultez un média ou que vous visionnez un film, son identité (le titre) doit être indiqué en italique. Le Monde, Titanic, etc. Pour les plantes, ce n’est pas possible car l’italique est pris par le nom scientifique (souvent dit « nom latin »). Le nom de variété en italique ajouterait trop de confusion. On ne saurait plus si c’est le nom de l’espèce ou de la variété, d’autant que les vieux noms de variétés étaient donné en latin. Par convention, il a été décidé -il y a des comités pour cela- que le nom des variétés de plantes serait indiqué entre guillemets simples. On écrit ainsi pomme ‘Granny Smith’.
La sauge officinale pourpre (Salvia officinalis ‘Purpurea’), ce n’est pas la même chose que la sauge pourpre (Salvia purpurea, une plante rare du Mexique, gélive et sans utilité culinaire). Si on n’employait pas les guillemets simples mais l’italique, on pourrait vite confondre l’une avec l’autre… et ce n’est pas pareil !
On n’écrit pas non plus le nom de variété entre guillemets doubles car le guillemet double est fait pour mettre un terme en relief. Par exemple, on dit que le dernier coureur d’un peloton cycliste est le « poireau » : on comprend bien ici que le terme de poireau a un sens particulier (un sobriquet) qui justifie de le mettre entre guillemets doubles.

Salvia officinalis ‘Purpurea’, la sauge officinale pourpre
Dans certains secteurs, chez les producteurs s’adressant aux professionnels, on a tendance à omettre ces guillemets, voire à abréger le nom de variété. La pomme ‘Golden Delicious’ devient ainsi Golden tout court. Première complication : il existe différents clones de cette pomme et avec cette simple mention de Golden, vous serez bien incapable de savoir ce que vous récolterez.
Deuxième complication : certaines variétés portent plusieurs noms qui se valent (on parle de synonymes). Par exemple, l’hortensia ‘Thelenn’ est aussi appelé ‘Yamato’. Heureusement, cette situation n’est pas fréquente mais elle tend à augmenter, parce que le marché du végétal doit produire de la nouveauté en permanence, parfois en recyclant du vieux pour faire du neuf ! Il y a aussi le passage entre langues, comme du chinois ou du japonais aux langues occidentales et réciproquement. À cette occasion, une variété de plante change souvent de nom pour être plus compréhensible par ses locuteurs.
Le système de guillemets simples est donc idéal, car il évite les confusion sans rajouter de complications. Ce système est toujours en vigueur mais il a été compliqué par de nouveaux usages.

Rose ‘Pierre de Ronsard’ sur laquelle se repose une osmie
Et vinrent les brevets
Les brevets et marques déposées ont rajouté une couche de complication dans le nom des plantes. En effet, en Europe, il est possible de protéger une obtention variétale de deux façons :
– soit en déposant une marque qui protège son nom (mais pas sa génétique : on peut la commercialiser sous un autre nom)
– soit en déposant l’équivalent d’un brevet (qui protège alors sa génétique, mais pas forcément son nom).
Cet équivalent du brevet est le COV (Certificat d’Obtention Végétale) ou son équivalent anglo-saxon PBR (Plant Breeder’s Rights). Pour les obtentions végétales, il prend la forme d’un nom incompréhensible pour le public, car il s’agit juste d’un code. Par exemple, Meiviolin est le nom sous lequel le rosier ‘Pierre de Ronsard’ est breveté par les roses Meilland (d’où le préfixe « Mei » dans Meiviolin). A partir de l’apparition du COV, les plantes protégées par ce biais ont donc deux noms, celui du COV et leur nom commercial, c’est à dire le nom de variété.
A noter : comme le dépôt d’un brevet végétal est assez coûteux et long, certains malins enregistrent le nom de variété comme marque commerciale (à l’INPI, par exemple). Le nom de variété est alors protégé comme toute marque et cela empêche son emploi (par les concurrents ou ceux qui ne payent pas la redevance). Cette protection, de plus en plus courante, n’empêche pas la multiplication ou la vente de la variété sous un autre nom. Le dépôt de marque ne change rien à la façon d’écrire un nom de variété, sauf à l’apparition d’un ™ après le nom de variété. Dans ce cas, il n’y a qu’un seul nom… si une seule marque est déposée et qu’il n’y a pas de brevet associé.

Anémone Galilée ‘Pastel’
La loi des séries
Pour certaines plantes très populaires, les obtentions déclinent une gamme de couleur ou un caractère. Souvent, lorsqu’une première variété rencontre un énorme succès commercial, les obtenteurs chercheront à la décliner en variantes de couleurs, de formes, etc. pour capitaliser dessus. La variété qui a porté le succès initial devient un nom de sérié, exactement comme le premier film de James Bond (James Bond 007 contre Dr No) est devenu la tête de série des James Bond.
Pour les variétés de plantes, la série a le même rôle que les termes James Bond : on sait que tout ce qui suit s’y rapporte. Si en fan de James Bond vous rencontrez le titre James Bond contre le robot tondeuse, vous serez intrigué. Tout se passe donc comme si avant un nom de variété végétale, on avait comme une marque (pas forcément enregistrée, mais souvent) et qui se décline. Pour le nom de série, il a fallu inventer un nouvel usage car entre la variété elle-même et le nom de la série à laquelle elle appartient, il y a une confusion dans laquelle on tombe facilement.
La règle adoptée par la Royal Horticultural Society consiste à figurer les noms de série en petites capitales, sans guillemets. Le nom de la variété, comme d’habitude, est écrit entre guillemets simples. Par exemple : les nouvelles variétés d’anémones des fleuristes, aux coloris raffinés et aux fleurs bien plus grosses qu’avant comme ci-dessus, l’anémone Galilée ‘Pastel’. Le nom de la variété est ‘Pastel’, mais indétachable de la série Galilée.
Les séries ne sont pas courantes et se rencontrent surtout pour les plantes à fort potentiel commercial, plus dans le circuit professionnel que des jardiniers amateurs. Certains contournent le problème en transformant le tout en un seul nom de variété : ‘Galilée Pastel’ ce qui est plus sage (à mon avis).
Et tout se mélange…
Évidemment, les noms de série sont souvent déposés, et la variété en question peut faire l’objet d’un brevet ! Vous vous retrouvez avec un nom comme :
Alstroemeria ‘Zapriclair’ CLAIRE® ( COLORITA® Series)
Bon courage pour vous y retrouver là-dedans ! Voici comment il faut comprendre cette dénomination :
– Claire est la marque commerciale, marque déposée (donc sans guillemets, les majuscules ici ne sont pas obligatoires).
– Le vrai nom de variété est ‘Zapriclair’, qui fait l’objet d’un brevet, et est correctement indiquée entre guillemets simples.
– Le tout appartient à la série COLORITA, qui est également une marque déposée, et qui est correctement indiquée en capitales.
Vous n’avez pas tout compris ? Rassurez-vous, l’avocat des ayants droit vous l’expliquera dans le détail si vous vous avisez d’employer commercialement une marque déposée, ou si vous multipliez une variété protégée. Sérieusement, ce système permet de commercialiser une obtention protégée sous différents noms commerciaux, pour exploiter différents marchés.
Le souci, en mélangeant le tout, est d’arriver à une telle confusion que les personnes souhaitant cultiver une forme particulière ne la trouveront pas et ne comprennent plus la logique derrière un nom… Pourtant, un nom de variété en dit beaucoup et c’est la vraie identité d’une plante. Comment les aimer et les retrouver avec un mauvais nom ? Moralité : jardiner, ce n’est pas forcément avoir les mains dans la terre, c’est parfois simplement décrypter une identité !

