Effet de la chaleur sur les sols

Dans les régions du sud, les fanas de potager comme les agriculteurs le savent : lorsque la chaleur intense s’installe, les sols perdent de leur fertilité. Avec une cascade d’effets pervers !

Chauffer tue

Lorsque la surface du sol dépasse les valeurs critiques, soit un air à environ 30 °C sous nos latitudes (sol nu à 40 °C, paillé à 35 °C environ), quatre processus se déclenchent et qui tous nuisent à sa fertilité (très résumé) :

  1. L’azote libre du sol change de forme et passe en partie sous forme ammoniacale, qui s’évapore. La perte peut atteindre 60 %. Ce phénomène est connu sous le nom d’effet Birch. (1)
  2. La vie du sol s’effondre : si une partie se met en repos, l’autre meurt. Or les micro-organismes de la rhizosphère (toutes les formes de vie associées aux racines) alimentent les racines et leur servent de réservoir. (2)
  3. La salinité du sol s’accentue (avec souvent une augmentation de pH) ce qui rend encore plus difficile l’absorption de l’eau pour les plantes. (3)
  4. La microstructure du sol se modifie avec notamment une destruction des micro-agrégats ou une réorganisation des argiles au niveau nanométrique (les argiles se referment ou s’agrègent). (4)

Effets de la température sur le sol (ordres de grandeurs !)

Effets de la température sur le sol (ordres de grandeurs !)

Cette perte de fertilité est très rapide. Certains de ces processus chimiques et biologiques se produisent même si la terre est humide. Ce n’est pas qu’une histoire de sécheresse des sols ! Et ce n’est pas linéaire : chaque palier de température produit des effets bien plus intenses que le précédent.

Et ce n’est que le début…

Lorsque les températures baissent, il y a un boost passager de fertilité, lié à la libération des sels minéraux contenus dans les microorganismes morts et à une augmentation de la disponibilité du phosphore. Mais c’est temporaire car après, le sol se retrouve dans une situation bien pire qu’avant l’épisode de chaleur. Le phosphore est moins disponible, la vie du sol a été décimée, la matière organique est amoindrie, et certaines configurations physico-chimiques sont difficilement ou lentement réversibles. (5)

Un mal invisible

Cette perte de fertilité est bien moins visible que le manque d’eau, même si l’œil exercé décèlera des carences de chaleur/sécheresse. Ce mal est pervers car il s’exprime parfois longtemps après le coup de chaud. Et surtout, il dépend de très nombreux facteurs : humidité du sol, présence d’une couverture, ensoleillement, exposition, nature physico-chimique, etc.

Vous l’avez compris, la fertilité du sol n’est pas un simple stock de devises patientant sur un compte en banque. S’il fallait la comparer, cette fertilité serait plutôt les liquidités d’un système complexe dont la richesse vient de la circulation entre ses membres. Et quand vient la crise, vient la pénurie de devises…

Réf. scientifiques :

(1) doi.org/10.1093/treephys/27.7.929

(2) doi.org/10.3389/fmicb.2025.1649443

(3) doi.org/10.5194/soil-10-321-2024

(4) doi.org/10.3389/fpls.2023.1145137

(5) doi.org/10.1146/annurev-ecolsys-110617-062614