Comment un botaniste devient-il journaliste ?
Au départ, je souhaitais me consacrer à la recherche dans le champ de la botanique ou, comme on appelle cela à Sorbonne Université, la biologie végétale, comme si le terme « botanique » portait en lui les stigmates d’une science morte. Je l’avoue, j’ai mis du temps à comprendre cette finasserie, qui n’a rien d’une subtilité.
Classer pour comprendre
Au cours de mes études, je me suis attaché à la phylogénie, la science de la classification, une discipline un peu aride pour le non initié mais qui raconte à sa manière l’histoire évolutive d’un groupe entier. J’ai ainsi travaillé sur la famille des Canellacées (qui, malgré son nom, avec un seul « n », ne compte pas dans ses rangs la plante qui donne la vraie cannelle). Il s’agissait de contribuer à comprendre le positionnement de cette famille dans les groupes très anciens de plantes à fleurs et d’aider à comprendre l’origine de ces dernières. J’ai ensuite tenté d’apporter ma contribution à la compréhension des Balanophoracées, une famille de plantes parasites tropicales à la biologie assez insolite et redoutablement difficiles à étudier.

Direction le béton
Calant sur la problématique des Balanophoracées, j’ai ensuite changé de sujet de recherche pour travailler sur un sujet passionnant : la flore urbaine, et plus particulièrement la flore urbaine de Paris. L’idée de départ était simple : 100 ans après la naissance de Paul Jovet, pionnier de la flore du pavé, comment les plantes sauvages de Paris avaient-elle changé ? Las ! J’étais trop en avance (pas de flatterie, juste un constat). Ce sujet, quelques années plus tard, aurait fait pleuvoir des financements. Mais à l’époque, cela apparaissait comme une préoccupation de nerd par excellence. Qui peut bien s’intéresser à ce qui se passe en ville ? De ce travail, il reste un herbier déposé au Muséum national d’histoire naturelle et un vague enregistrement dans les archives du net.
Pour aller plus loin dans ce travail, mon comité de thèse était catégorique : il fallait passer à la génétique quantitative. Cette discipline peu connue mesure des phénomènes physiques (la date de floraison, par exemple) sans directement entrer dans les outils typiques de la génétique, comme le séquençage, ou déchiffrement des séquences génétiques. Autrement dit, la génétique quantitative s’intéresse aux phénotypes, pas aux génotypes. La perspective qui s’ouvrait à moi était celle d’un généticien des populations végétales en milieu urbain. Sauf que c’est la perception du monde physique qui m’intéresse.

(photo archives JM Groult)
La lutte des Deux Mondes
Aujourd’hui encore en biologie, la recherche basée sur les outils génétiques demeure en position de suprématie sur les autres disciplines de la biologie. Pour nombre de chercheurs et d’institutions, il y a d’abord les gènes et après, tout le reste. Il existe de longue date une tension entre les tenants d’un monde physique en biologie (comportementalistes, écologues, morphologistes…) et les tenants d’un monde sous-jacent (le génome). Évidemment, la réalité rend cette distinction tout à fait artificielle puisqu’un organisme est l’expression d’un tout. Mais je n’avais pas envie de passer ma vie entière à évoluer dans cette tension épistémologique (l’épistémologie étant ce qui a trait à la connaissance). Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, mener des activités de recherche en se limitant à la partie observable du monde vous expose à un dédain certain. (On parle parfois de phénome, c’est-à-dire l’ensemble des traits observables d’un organisme). Et c’est comme cela que j’ai quitté la recherche, sans aucun regret.
Un petit tour par l’administration
Mon parcours m’a amené, après cet épisode universitaire, dans les bureaux d’une administration publique, le ministère chargé de la jeunesse, des sports et de la vie associative. Un ministère qui a changé plus souvent encore de nom de que de ministre. J’y étais conseiller d’éducation populaire et de jeunesse (CEPJ). J’ai essayé, aux différentes échelles de ce ministère, d’aider au verdissement des administrations comme on disait à l’époque, d’encourager la pratique d’activités scientifiques en dehors de l’école, etc. J’ai été membre fondateur de l’association Viva Cités Île de France, réseau d’éducation à l’environnement urbain.
Puis j’ai été appelé à travailler à la réforme de l’État en tant que chargé de mission. C’est comme cela qu’un botaniste se retrouve entre deux généraux un soir d’hiver, dans la bibliothèque du secrétaire général du gouvernement avec en main un projet de loi marqué « Très secret », ou encore à former des chefs de service à la réforme de la loi de finance ! Un poste certes valorisant mais bien éloigné de mes préoccupations. Autant dire que lorsque l’opportunité d’écrire sur le végétal s’est présentée à moi, j’ai pris la clé des jardins.
Indépendant par nature
Je collabore avec plaisir à différents titres en tant que journaliste indépendant. Ce n’est pas seulement écrire mais aussi mettre en images, voire en vidéos et en contenus enrichis. Cela m’a amené à fonder une agence de presse, autre expérience enrichissante quoique lourde.
Partageons et découvrons
Si j’ai pris la plume, c’est pour inviter un public aussi large que possible à à explorer cet extraordinaire monde végétal. Chaque jour réserve ses surprises, que ce soit au jardin ou en pleine nature, sous les yeux ou dans l’assiette, ici ou de l’autre côté du globe, l’espace d’un instant ou durant des millions d’années. Je n’ai pas fini de vous en raconter…

