Au temps des contenus générés massivement par intelligence artificielle, à quoi sert un journaliste technique ? Hé bien, à plus de choses que vous ne le pensez…

1. Un point de vue

D’abord, le journaliste technique, c’est une personne, donc une plume, un esprit. Le public, aujourd’hui, n’attend sûrement pas un propos passe-partout, interchangeable. D’abord, il n’a pas le temps. Il lui faut donc des contenus efficaces, mais engagés, qui vont l’aider à se positionner rapidement. Et ça, l’humain sait faire. La personnalité ressent là où il faut appuyer le propos, met de l’humour pour aider à faire passer le message s’il le faut. Pour qui a l’habitude de repérer les contenus générés par les IA, je peux vous assurer que cela se voit tout de suite. D’ores et déjà, le référencement en tient compte.

2. Une expérience et du vécu

Le journaliste technique expérimente au quotidien dans son domaine et il porte une expérience. Dans ses contenu, cela permet d’insister sur le vécu personnel (celui du journaliste ou celui de personnes qu’il interroge). Et de séparer ce qui est important de ce qui est simplement vrai (le plausible, pour les contenus générés par IA). Dans les domaines techniques, les détails comptent car une erreur, ce peut être de l’argent perdu, une mauvaise expérience, voire pire.

3. Une expertise

Le journaliste technique, c’est aussi une expertise dans son domaine. Il sait ce qui est vraisemblable, ou pas. Rappelons qu’une intelligence artificielle ne conceptualise pas, mais ne fait que reproduire statistiquement un motif. Et si cela l’amène à générer des contenus qui ne sont pas pertinents, tant pis pour l’utilisateur. Tiens, faisons un test ensemble : ces trois images générées par IA vous posent-elles souci ?

Trois images erronées générées par IA

(Crédit photo : algorithme).

La bonne réponse ? Les trois posent problème ! Le spécialiste, lui, voit tout de suite les erreurs :

1 Cet adorable fennec se repose sous un cactus cierge… qui n’est pas présent à l’état naturel en Afrique, où vit le fennec. Certains de ces cactus poussant en colonne y sont présents, mais ce sont des espèces bien particulières. Et de toute façon, le cactus-cierge figuré ne se ramifie pas de cette façon, évoquant plutôt ici un crossover entre un cactus cierge et un cholla (un type de cactus typique de certains déserts). Cactus américains, bien sûr.

2 Ce jardinier aux mains sales a bien 5 doigts à chaque main (je sais que vous les avez comptés). Le problème, c’est qu’il est pourvu de deux mains droites ! Par ailleurs, les boutons de roses ne s’épanouissent pas dans cet ordre sur une tige. Et enfin, pourquoi vouloir les couper de cette sorte ?

3 Oui, les oponces (cactus appartenant au genre Opuntia) peuvent fleurir de couleur rose, mais certainement pas avec de telles fleurs, qui feraient penser à d’autres genres de cactées (Echinopsis). Et le bouton à fleurs de ces plantes ne ressemble pas à cela, l’IA ayant pris un cactus du genre Echinocactus pour inventer le bouton à fleur de cette oponce.

Et je pourrais même soulever une deuxième couche de problèmes. Ces images erronées peuvent avoir des conséquences en termes de biais culturels, d’appropriation, etc. Par exemple, la première image renforce l’équivalence de représentation « désert = cactus ». Or les déserts sont des milieux autrement plus complexes et variés. La seconde image, elle, renvoie à l’association entre jardinage et saleté. Ce serait une activité finalement dégradante, où il faudrait accepter de rabaisser son estime (devenir sale). Moi, ça me pose problème ! Ces biais, cependant, ne sont pas indemnes de photos réelles (en particulier celles de stocks genre Adobe ou Shutterstock), qui perpétuent aussi des préconceptions et des stéréotypes. Nous pouvons en parler !

4. Le libre arbitre

Un journaliste, pour tous ceux qui voudraient communiquer aussi habilement que moi je pilote une navette spatiale, c’est un perroquet qui est chargé de répéter ce qu’on lui a transmis. Hé non, ça c’est l’IA qui vous le fera, pas moi ! Les fausses innovations, le greenwashing, les allégations trompeuses ne peuvent pas être relayés par un journaliste technique qui se respecte. J’ai parfois épinglé des industriels pour cela et si je recommande au public d’accorder sa confiance à une technique, un produit ou une marque, c’est d’abord parce que cet élément a su obtenir ma propre confiance, que je n’accorde pas facilement. En somme, pour convaincre le public, il faut d’abord me convaincre. Et j’ai toute l’expérience nécessaire, la connaissance et le réseau pour distinguer les arnaques des bons plans.

Portrait de Manon Aubepine, rédactrice web sur les plantes

Bonjour !

Je m’appelle Manon Aubépine, et je suis une vraie geek de plantes d’intérieur. J’adore partager ma passion en écrivant sur les plantes en pot et tout ce qui apporte du vert en intérieur.

5. Une personne réelle

Si vous publiez des contenus sur le Web, vous n’ignorez pas que les moteurs de recherche ont déjà mis en place des politiques relatives aux contenus générés par intelligence artificielle. Mauvaise nouvelle : ils sont pénalisés, et durement. « Oh on ne craint rien, on jurerait que nos contenus sont écrits par de vraies personnes. » Si vous êtes dans cet état d’esprit et que vous pensez que cette parade suffit, vous vous trompez. Les moteurs de recherche établissent si l’auteur de la page est réel en recréant sa biographie. Ils ne se limitent pas à la fausse biographie accompagnant une fausse image ayant signé un faux texte, et exploitent depuis longtemps déjà toutes les ressources à leur portée pour recréer des biographies. Les contenus générés risquent tout simplement d’être « enterrés ». Contenus pas chers, de mauvaise qualité, et finalement, invisibilisés : quel intérêt ?

Rendre visite à des sources qui ne coopéreront pas avec une intelligence artificielle agentique, les mettre en confiance pour obtenir des informations utiles, endosser personnellement un contenu, etc. : je pourrais développer d’autres aspects encore. Mais rien que les cinq listés ci-dessus et que nous venons de voir me semblent les plus importants de ce que l’humain a encore à apporter dans le domaine de l’information.